Port Augusta, l’étonnant projet !

Bonjour à toutes et à tous,

Il était une fois un coin perdu dans le désert du sud australien où la magie fit pousser des tonnes et des tonnes de tomates toute l’année…

Stop, coupez, c’est facile, avec des serres, du pétrole et la culture hydroponique tout en allant exploiter une réserve aquifère à proximité !

Je reprends : il était une fois un endroit perdu en Australie où des ingénieurs ont conçu une chaîne vertueuse, où l’eau n’est pas pompée dans une réserve aquifère, la serre est autonome en énergie, respectueuse de l’environnement, avec zéro émission de polluants, et où l’on produit des légumes parfaits tout au long de l’année !

Ferme Sundrop, Port Augusta, Australie.

Où est le piège me direz- vous, car on a hélas l’habitude de chercher le « mais » de ce qui s’apparente souvent à une fable !

Et bien pour une fois, la fable est devenue réalité !

Mais ce qui rend cette histoire encore plus passionnante c’est qu’elle en cache une autre qui mérite elle aussi d’être contée, comme vous le découvrirez vers la fin de cet article…

Vous avez peut-être entendu parler de ce projet qui constitue une première mondiale car il s’agit bien de cela !

Dans le cas contraire vous pourrez soulever un coin du voile afin de découvrir les coulisses de cet exploit !

Ce projet a débuté en 2010 dans le sud de l’Australie à Port Augusta pour être précis.

Localisation de Port Augusta dans Sud de l’Australie.

Le challenge était le suivant : comment produire des tomates sans eau douce à proximité et dans une région extrêmement aride, le tout sans rejeter de polluants !?
Une vraie gageure aujourd’hui encore !

La société Sundrop a pourtant relevé le défi !

Les premiers coups de pelles ont eu lieu en 2014 sur un terrain d’une superficie de 20 hectares.
La société Sundrop s’est spécialisée dans ce que l’on pourrait qualifier d’’ingénierie de production agricole respectueuse de l’environnement durable, clef en main !

Ici pas de solution de facilité en allant récupérer l’énergie sur le réseau électrique de la région ou en employant celles d’origine fossile, ni de projet pharaonique pour récupérer l’eau.
Non, il s’agit clairement de respecter à la lettre le cahier des charges initial, à savoir produire des légumes en quasi autonomie énergétique sans avoir recours aux énergies fossiles ni à des produits chimiques, afin de les livrer à une chaîne de supermarchés réputée pour la qualité de ses produits frais.

C’est la raison pour laquelle la société Sundrop ne proposera pas systématiquement la même « recette » selon les régions, elle adaptera le projet aux contraintes climatiques ainsi qu’aux ressources disponibles localement.

A Port Augusta quelles étaient les ressources exploitables nécessaires à la culture ?

Le soleil tout d’abord, avec un ensoleillement qui s’il n’est pas le plus important au monde, reste disponible en abondance toute l’année !

De l’’eau ? Non !

Très clairement, le défi consistait à trouver une solution vertueuse afin de la rendre disponible, défi relevé haut la main en suivant encore une fois scrupuleusement le cahier des charges initial !

Schéma fonctionnel serre classique vs Sundrop.

Un aquifère dans le sous-sol aurait pu expliquer en partie le choix du site, mais ce n’était pas le cas, cependant Port Augusta est situé à 5,5 kilomètres de la mer dans le golf de Spencer si vous devinez où je veux en venir…

Oui, mais il s’agit d’eau salée, alors comment faire, car les solutions de désalinisation sont, comme vous le savez, horriblement onéreuses et s’appuient sur des besoins énergétiques colossaux.

C’est le seul recours des pays du golfe où les états pétroliers ne se posent pas ce genre de question, encore moins de scrupules compte tenu du faible coût de l’énergie fossile, du moins pour le moment…
Premier défi à relever donc !

Le second concernait la quantité d’eau car pour fournir le précieux liquide aux quelques 180 000 plants prévus par le cahier de charges, il convient d’assurer un débit conséquent !

Autre défi de taille, trouver la solution afin de faire pousser tous ces plants sans pouvoir se reposer sur le sol aride et par la même occasion ne pas utiliser d’engrais ni de pesticides.

Enfin dernier point et non des moindres, comment financer les quelques 200 millions de dollars nécessaires au projet, sur quel modèle économique se baser ?

Premier défi l’eau

Comme nous l’évoquions plus haut, la seule solution pour fournir de l’eau aujourd’hui dans une région dépourvue de réserves, mais proche de l’océan, c’est la désalinisation.
Il existe plusieurs procédés, mais seuls 3 sont exploités : l’osmose inverse, l’électrodialyse et la distillation.

Schématiquement, l’osmose inverse consiste à pomper l’eau de mer et lui appliquer une forte pression (entre 50 et 80 bars) pour la faire passer à travers de nombreux filtres et une membrane semi-perméable (remplie de minuscules trous appelés « pores » de quelques millièmes de micromètres) qui retient le sel et les impuretés tout en laissant passer l’eau douce.

Principe de l’osmose inverse.

L’électrodialyse se base elle aussi sur des membranes filtrantes, mais là, on applique un champ électrique qui va faire migrer les ions de sel (Na+ et Cl- si vous vous souvenez de vos notions de physique/chimie du collège) en attirant les ions positifs vers l’électrode négative et les ions négatifs vers l’électrode positive.
La perméabilité des différentes membranes aux ions va permettre de reprendre le principe de l’osmose évoqué ci-dessus pour arriver au final à de l’eau potable !

Principe de l’électrodialyse de l’eau de mer.

Enfin, dernière solution la distillation, elle concerne la majeure partie des installations (entre 60 et 85%) et repose sur une évaporation de l’eau salée qui est chauffée par divers procédés, on récupère l’eau condensée qui est potable.

Principe de distillation de l’eau de mer.

L’inconvénient majeur est qu’elle est extrêmement énergivore et donc n’est pas systématiquement adaptée à toutes les situations…
C’est pourtant sur ce dernier principe qu’est basé le projet de Sundrop !

Une fois écartées les solutions basées sur les énergies fossiles (pétrole, gaz, etc.) la seule énergie renouvelable disponible en grande quantité et « gratuite », c’est l’énergie solaire comme vous l’aurez deviné !

Toutefois, ce ne sont pas des panneaux solaires qui ont été choisis car leur production électrique combinée aurait été insuffisante, mais des miroirs solaires !

Deuxième défi, l’énergie solaire.

Sundrop, plus précisément la société hollandaise Aalborg Integrated Energy System, s’est basée sur la solution du « four solaire ».

Vue aérienne de la ferme Sundrop avec la tour et les héliostats.

Là encore, le principe physique sous-jacent est très simple : prenez des panneaux réfléchissants, faites les tous réfléchir la lumière en direction d’une tour (127 mètres de haut en l’occurrence !) en concentrant les faisceaux de lumière sur un point qui va faire entrer en ébullition une huile chauffée à 160°C servant de liquide caloporteur .

En récupérant la chaleur via un circuit d’échange générant de la vapeur, on pourra entraîner une turbine qui va elle-même produire de l’électricité.

Une partie de la chaleur produite dans ce circuit est d’ailleurs récupérée pour chauffer les 4 serres de 100 mètres de long lors des nuits particulièrement fraîches dans le désert.

Principe du four solaire de la centrale d’Odeillo dans les Pyrénées.

Le projet est colossal, car vous vous doutez bien que pour fournir toute l’énergie requise il faut un nombre impressionnant de miroirs !
Il en a fallu précisément 23 000 !

Rangée d’héliostats sur le site de Port Augusta.

Ces panneaux appelés « héliostats » ont été répartis sur la majeure partie des 20 hectares ; 51 500 m2 pour être précis ; et l’installation est capable de produire par jour de grand soleil jusqu’à 39 Mégawatts !

Pour comparaison, un barrage comme celui de la Rance produit environ 240 MWe, et un réacteur nucléaire produit en moyenne entre 900 et 1 600 MWe.

Cette énergie produite à deux fonctions : fournir de l’électricité pour alimenter les machines et réchauffer les serres en hiver.

Revenons à notre eau.

Une fois pompée grâce à l’énergie produite par l’installation, elle est stockée dans des bassins de rétention avant d’être injectée dans les circuits de désalinisation.

Bassin de rétention de l’eau de mer pompée vers Port Augusta.

Là encore les quantités sont tout bonnement astronomiques !

La ferme produit l’équivalent de 450 000 m3 d’eau douce par an, soit l’équivalent de 180 piscines Olympiques !

Sans l’installation de Sundrop, il faudrait plus de 2 000 000 de litres de pétrole pour arriver au même résultat !

Cette eau produite est pure, débarrassée du sel bien évidemment, mais aussi de toutes ses impuretés.

Cela permet de répondre à l’autre défi, celui d’une eau de qualité pour limiter autant que faire se peut l’ajout d’additifs chimiques.

Il convient de souligner que Sundrop travaille d’ailleurs sur des solutions afin de transformer le sel récupéré pour le transformer en engrais afin de pousser au maximum la logique du recyclage et de l’approche écologique, car très souvent, le sel est rejeté dans la mer ce qui engendre des problèmes de forte concentration saline dommageable pour la faune et la flore sous-marine locales.

Le site stocke l’équivalent de 10 jours en eau pour le chauffage, le refroidissement et l’électricité, car chaque jour l’installation a besoin de pas moins de 10 000 litres d’eau.

L’eau est utilisée non seulement pour les plants mais également afin d’humidifier et de refroidir l’air ambiant via un système de plaques d’évaporation à travers lesquelles un système de ventilation assure la dispersion tout en étant traversées d’un goutte à goutte fournissant le précieux liquide mélangé à des nutriments nécessaires aux plants de tomate.

Schéma fonctionnel des serres Sundrop.

La douceur et l’humidité qui règnent au sein de la serre contrastent violemment avec l’air sec et les 40°C qui règnent à l’extérieur la plupart de l’année !

L’eau étant disponible, l’énergie également, reste à faire pousser les tomates.

Pour cela, on se base bien entendu sur une solution hydroponique car le sol de Port Augusta ne permettrait pas en l’état actuel de nos connaissances, de faire pousser les 180 000 plants de tomates de façon écologique.

Les exploitants ont fait le choix d’un substrat déjà largement utilisé dans ce type de culture, la fibre de noix de coco.

Fibre de noix de coco.

C’est un matériau inerte et absorbant, ce qui implique obligatoirement de faire des apports nutritifs pour les cultures, d’où les mélanges avec l’eau évoqués supra.

Voilà tout pour les inconvénients !

Côté avantages, la fibre de noix de coco permet un excellent développement du système racinaire des plantes, une croissance vigoureuse et rapide et un moindre besoin de substrats.

Réseau racinaire en culture sur fibre de noix de coco.

Il y a corollairement besoin de moins d’espace pour arriver au même résultat comparé à une culture en pleine terre ou en pot.

A titre indicatif, une plante que l’on cultiverait en pot aurait besoin de 12 litres de terre en moyenne alors qu’avec la fibre de coco, seulement 5 litres sont nécessaires, voire 3 litres si l‘on pousse au maximum le potentiel !!

Cependant on augmente le risque car plus le pot est petit et plus assèchement du substrat guette, d’où le compromis des 5 litres !

L’autre avantage avec la fibre de coco c’est que visuellement il est aisé de distinguer les réservoirs où l’eau est en quantité suffisante et où elle manque.
Le coco sec est très clair alors que lorsqu’il est saturé d’eau il prend une couleur marron foncé.

Outre l’eau qu’il faut apporter, il est nécessaire de mesurer la quantité de nutriments nécessaires à la plante.
Pour cela on s’appuie sur des mesures du pH (acidité) et de l’E.C (conductivité électrique) qui sont de bons indicateurs des besoins de la plante.

Tout cela est bien entendu mesuré par des solutions high-tech mises en place dans les serres et non pas par la lecture de testeurs pH et EC, le tout pilotable à distance via de simples applications pour smartphones !.

En tout état de cause le juste équilibre a été trouvé car la production de tomates est bien là !

Signalons enfin au chapitre écologie que les serres font appel à des abeilles pour la pollinisation des plants de tomates et que des insectes « amis » sont également introduits dans la serre pour combattre les insectes nuisibles qui, malgré les précautions prises, parviennent de temps en temps à s’introduire.

Ainsi il n’est absolument pas nécessaire de faire appel à un quelconque insecticide !

Culture hydroponique de tomates dans al ferme Sundrop.

Contrôle des tomates produites.

Cueillette des tomates produites pour expédition vers les supermarchés Cole.

Troisième défi, le financement.

Le projet global a coûté la bagatelle de 200 millions de dollars (australiens) dont la moitié a été financé par un puissant fonds de capitaux privés appelé K.K.R.
Afin de décider celui-ci à sauter le pas, il a fallu mettre sur la table un contrat de 10 ans liant le producteur à la chaîne de supermarchés Cole (une chaîne de 750 supermarchés propriété de Wesfarmers) afin d’assurer les débouchés pérennes aux produits.

L’état a également mis la main à la poche, modestement, mais cela a contribué à légitimer le projet, en versant 6 millions de dollars dans le cadre des Fonds de Développement Régionaux.

La volonté du gouvernement et de la Région était de promouvoir un développement durable basé sur une technologie propre, la cerise sur le gâteau fût la création d’emplois pour la région.
Les retombées se sont d’ailleurs traduites par la création de près de 175 emplois locaux.

Très clairement, ce qui a fait le succès de ce projet, ce sont bien entendu les prouesses de la technologie, mais c’est également toute la réflexion autour des aspects économiques et environnementaux qui ont contribué à le rendre viable.
Si les ressources ou une concurrence forte avaient été en présence, peut-être que le résultat aurait été différent, ici, tout concourait à ce que le projet aboutisse.

En produisant localement dans une région où la présence de concurrents était nulle, en se basant sur des technologies propres, une matière première quasi inépuisable (eau et électricité), et de surcroît en livrant dans un périmètre restreint via un circuit éprouvé, on limite également l’empreinte carbone qui reste aujourd’hui une des principales préoccupations lors de l’étude de projets de ce genre tout en maîtrisant les budgets.

Pour Philipp SAUMWEBER, le P.D.G de Sundrop, le projet est une véritable vitrine du savoir-faire et le modèle économique sous-jacent était un point fondamental afin de valider de futurs développements.

A cet égard, ce fut une réussite complète, d’ailleurs trois autres projets ont été démarrés dans la foulée, l’un aux Etats-Unis au Tennessee, l’autre au Portugal à Odemira, enfin un dernier en Australie également.

Par ailleurs, l’expérience a tellement bien marché qu’un nouveau projet proche de celui de Port Augusta est en train de naître, un projet 40 fois plus grand qui sera capable de produire 2 800 tonnes de tomates et 1 200 tonnes de poivrons pour des supermarchés qui réclament eux aussi dorénavant leur part du « gâteau » !

Il faut dire qu’avec des produits qui sont proches du label bio (la production hydroponique interdit de revêtir le label Bio en Australie comme dans beaucoup de pays), d’aspect parfait car protégés des maladies et parasites habituels, il n’est pas difficile de convaincre les consommateurs !

Le succès est tel que les spécialistes agricoles, les politiciens, les environnementalistes, pour une fois unanimes, se ruent tous vers Port Augusta pour découvrir le miracle Sundrop !

Néanmoins, a bien y regarder, il y a un « mais », comme toujours dans les belles histoires, sans toutefois remettre en cause celle-ci, rassurez-vous…

Tout d’abord la production électrique pour vertueuse qu’elle soit et suffisamment dimensionnée, ne couvre pour autant pas l’intégralité des besoins énergétiques.

En effet, malgré des progrès notables ces dernières années le stockage de l’énergie potentielle produite reste toujours le talon d’Achille des filières du photovoltaïque ou du solaire plus globalement parlant, car rappelons le, ici il ne s’agit pas de panneaux solaires mais d’héliostats !

Comment stocker de fortes productions pour les restituer en période de non production, c’est-à-dire la nuit ou par forte couverture nuageuse ?

Comme pour la célèbre centrale d’Odeillo (en France), l’énergie peut être stockée dans les sels de nitrate fondus du circuit, elle peut être injectée dans un électrolyseur qui convertit l’électricité produite en hydrogène et oxygène stockés sous pression dans des bonbonnes, soit stockée dans des batteries sodium-soufre mais ces batteries sont chères, polluantes et ont une durée de vie limitée à 4 ou 5 ans.

Enfin, dernière solution, le stockage par air comprimé dans des cavernes souterraines où l’on peut stocker l’équivalent de centaines de mégawatts, soit autant que la production de barrages.

Les sites de Huntorf en Allemagne avec 290 MW stockés et de McIntosh aux Etats-Unis avec 110 MW en sont la parfaite illustration.

Toutefois, le bémol avec cette dernière solution c’est le rendement : actuellement de l’ordre de 50%, on vise les 70% pour un avenir proche.

Il n’a pas été fait appel à l’une de ces solution à Port Augusta, peut-être que cela demandait des budgets encore plus conséquents, des sols se prêtant au stockage comme pour l’air comprimé, ce qui aurait peut-être remis en cause le modèle économique !

La piste mériterait d’autant plus d’être exploitée qu’une cinquième solution relativement proche de la première méthode de stockage évoquée ci-dessus pourrait bien apparaître prochainement avec la découverte d’un ingénieur mécanicien français de 55 ans, André GENESSEAUX, en cours de demande de brevet, tant elle est révolutionnaire et « propre » !
Il s’agit de la technologie V.O.S.S pour Volant de Stockage Solaire.

Schéma du concept V.O.S.S

Que se cache-t-il sous cet obscur vocable ?

Il s’agit en fait de l’exploitation d’un principe physique encore une fois : le volant d’inertie !

L’idée est simple : faire tourner à très grande vitesse des cylindres grâce à l’énergie produite qui vont garder cette énergie cinétique « potentielle » pour la restituer au moment désiré.

Propre, efficace, elle n’a qu’un inconvénient pour le moment : les matériaux nécessaires pour concevoir ces cylindres ; acier et carbone ; sont très chers !
Cependant, contrairement aux autres technologies, la durée de vie est illimitée, elle est insensible à la température, et elle ne contient aucun matériau toxique.

Selon la brochure de la société soutenue par BPI France et la Région Centre, Energiestro, le coût de production du kWh de V.O.S.S ne serait que de 0,04 €/kWh à égalité avec celui d’une centrale à charbon mais sans la pollution bien sûr, mais mieux que le nucléaire à 0,05 €/ kWh ou le gaz à environ 0,06 €/kWh !

L’avenir nous dira si cette technologie trouvera sa voie et si le projet de Sundrop y verra une façon de mettre fin aux 10 à 15% d’énergie qu’ils doivent encore récupérer du réseau électrique de la région afin de compenser les déficits évoqués…

Nous ne sommes donc pas encore aux 100% qu’il faudrait atteindre pour parler de modèle « autarcique », mais gageons qu’avec le temps on s’en approchera de plus en plus !

Autre « mais », celui de l’environnement, du Saint-Graal, le cercle vertueux.

Il faut savoir que malgré le travail extraordinaire des ingénieurs de la société Sundrop, à la base, il y a l’idée d’un homme qui a théorisé le principe de la production agricole en se basant exclusivement sur l’énergie solaire et l’eau de mer, il s’agit de Charlie PATON.

Et c’est à partir d’ici chers lecteurs que nous allons soulever un second voile de cette passionnante histoire, beaucoup moins connu que la vitrine officielle, qui nous permettra de découvrir que toute cette opération n’aurait peut-être pu aboutir sans le génie d’un infatigable inventeur Anglais…

Charlie PATON dans sa maison à l’Est de Londres. Photo Hat Margolis.

Charlie PATON n’est pas un de ces businessmen les yeux rivés sur la bourse pour suivre les cours de son entreprise, avide de futurs projets encore plus juteux, non, tout au contraire, il fait partie de ces inventeurs qui passent leur temps à bricoler des solutions avec des moyens simples et des matériaux basiques en gardant à l’esprit la préservation de notre environnement.

C’est au cours des années 80, lors de sa lune de miel au Maroc, alors qu’il travaillait sur la photosynthèse, plus précisément le rôle des lumières rouges et bleues, que l’idée lui est venue.

Alors qu’il était dans un bus, qu’il pleuvait dehors, il observait des gens trempés et la condensation se formant sur les vitres.

C’est alors que lui vint l’idée d’utiliser la chaleur pour produire de l’eau plus particulièrement dans les pays chauds.
L’eau de mer en abondance était le parfait ingrédient, mais encore fallait-il la transformer en eau douce…

Il ne restait plus qu’à concrétiser tout cela, ce qui lui prit un peu de temps pour en discuter avec des amis ingénieurs et physiciens.

Avec l’aide d’un professeur spécialisé en botanique de l’université de Coventry, ils conçurent en 1992 un projet de serre pilote à Tenerife aux Iles Canaries, surnommée à époque le « jardin des dieux », afin de tester le concept.

Serre délabrée du projet de Tenerife débuté en 1992.

Cela fonctionna tant et si bien qu’il obtint des financements de la part de la Communauté Européenne, mais cette participation fut quelque peu timorée car l’U.E craignait une concurrence dommageable de la part des pays africains au détriment des agriculteurs européens…

Après avoir fait appel à la décision de la Communauté Européenne de ne pas avoir fourni tous les fonds nécessaires, il obtint gain de cause et parvint même en 1999 à gagner une récompense de 40 000 livres pour le meilleur projet appliqué à une économie durable.
Grâce à ce prix, il fit construire de nouvelles serres à Abu Dhabi (2000) et à Oman (2004) afin de valider de nouveaux concepts pour les serres à structure en acier, polytunnels et résistantes aux conditions climatiques extrêmes régnant au Moyen-Orient ainsi que l’effet oasis ( une modification de la concentration en eau de la surface entraînant une variation progressive des flux de chaleur et de vapeur d’eau) pour des terres polluées par le sel.

Charlie PATON est une véritable icône dans son pays, dirigeant depuis 21 ans d’une affaire de famille appelée Seawater Greenhouse, de nombreuses fois récompensé, il obtint même le titre prestigieux Royal Designer for Industry de la Royal Society of Arts.

Avant que le projet de Sundrop ne prenne corps à Port Augusta, Charlie PATON avait construit avec sa famille les serres et assemblé les panneaux solaires dans des cadres en bois pour alimenter les ventilateurs installés dans celles-ci.

Signalons également que la solution de production d’eau douce de Charlie PATON n’était absolument pas basée sur celle retenue par Sundrop, mais un réseau de tubes de plastique assemblés à la main, d’où s’écoulait l’eau de mer, ce qui s’avéra désastreux pour les plants de tomates…

Ce sont les derniers vestiges encore présents sur le site, tout le reste a été remplacé par l’installation high-tech de Sundrop…

Charlie constate amer, que l’idéal qui avait motivé l’opération, à savoir produire des tomates dans le respect le plus authentique de l’environnement et dans le cadre d’un développement durable, a été remplacé par une logique ultra-capitalistique de rendement et de rentabilisation.

La high-tech s’est substituée aux bricolages de Charlie pour les solutions techniques déployées.
On ne pouvait s’attendre à autre chose de Philipp SAUMWEBER, actuel P.D.G de Sundrop, diplômé en Allemagne et titulaire d’un M.B.A à Harvard et qui a longtemps travaillé dans la gestion de fonds spéculatifs chez Goldman Sachs…

Philipp Saumweber, P.D.G et fondateur de Sundrop. Photo : Jonathan Margolis de l’Observer.

Tout n’est pas négatif pour autant chez ce personnage car malgré tout, le monde est ainsi fait que nous ne vivons pas chez les Bisounours, l’argent reste le nerf de la guerre, et l’audace le moteur des entrepreneurs qui ont réussi !

II faut reconnaître que l’on peut même le qualifier de « visionnaire » dans la mesure où même si les ingrédients étaient tous présents, il a su les combiner, intégrer toutes les informations, améliorer considérablement l’idée de base de Charlie et prendre les bonnes décisions.
Par ailleurs, en bon gestionnaire qu’il est, il a su vendre son projet pour qu’il devienne réalité !

Ce que Charlie n’avait pu solutionner ou anticiper, à savoir l’impossibilité de couvrir les 100% en besoins énergétiques, du fait des journées très froides dans l’année même dans le désert et incidemment le risque de ne pas pouvoir produire dans des conditions optimales des légumes à l’aspect impeccable pour les supermarchés, devait être solutionné pour que le projet soit viable, et c’est là que la réflexion et la culture professionnelle de Philipp SAUMWEBER ont opéré leur magie.

Le partenariat de Sundrop et Seawater Greenhouse a pris fin lorsqu’il est devenu patent que malgré un projet commun basé sur une idée partagée, la vision du futur n’était plus la même.

La solution du solaire pour réchauffer les serres a été la cause symbolique du « divorce » car Charlie restait convaincu que le 100% zéro énergie était possible, mais déjà la vision n’était plus la même pour que les deux partenaires puissent encore sauver le mariage…

Là où Charlie bricolait des solutions pour résoudre les problèmes, Philipp ne rêvait que de mise en production à grande échelle.
Là où Charlie était prêt à faire des compromis, Philipp cherchait des solutions pragmatiques qui permettraient de répondre à chaque problématique toujours dans l’optique de la rentabilité finale du projet.

Pour autant ils continuent toujours de se voir et travaillent ensemble sur un projet alimentaire au Cap Vert et au Somaliland.

Le projet de Sundrop à Port Augusta a constitué une première mondiale et les projets consécutifs qui commencent à prendre forme laissent penser que le modèle sera exploité, amélioré adapté pour répondre à un besoin aujourd’hui pressant : nourrir les milliards d’hommes et de femmes qui vont peupler une planète aux ressources naturelles saturée, qui n’a plus les moyens de produire autant de nourriture que de bouches avec les moyens habituels.

L’idéal de Charlie et l’idée originale de départ ont servi d’étincelle, le génie des affaires et le côté visionnaire de Philipp ont servi de catalyseur il ne reste plus qu’à espérer que l’humanité pourra goûter aux fruits du labeur de ces deux individus hors norme en exploitant au mieux les ressources naturelles de notre planète !

Sources de l’article :

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