Une AMAP après une catastrophe nucléaire ?

Bonjour à toutes et à tous,

Non, je ne veux pas jouer aux oiseaux de mauvais augure, et non, ce n’est pas par démagogie que j’aborde ce sujet, mais suite à la publication d’un rapport d’analyse effectué par l’ACRO cette année (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) intitulé « Tchernobyl, 30 ans après ? Bilan de la cartographie citoyenne », j’ai trouvé particulièrement pertinent la réflexion concernant l’impact sur l’agriculture biologique et les questions éthiques que cela soulève.

Centrale_TchernobylTout cela nous semble bien éloigné car les plus proches centrales se situent à Chinon et à Saint-Laurent, soit respectivement, environ 80 km à vol d’oiseau et 190 km, mais tout le monde sait aujourd’hui que les particules ne s’arrêtent pas aux frontières des départements…

Les deux catastrophes majeures du nucléaire, si l’on fait abstraction des bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 et des nombreux essais dans le Pacifique, sont des noms qui sont passés à la postérité, il s’agit bien entendu de Tchernobyl en 1986 et de Fukushima en 2011.

Ces deux catastrophes, faut il le rappeler, n’ont pas eu la même origine : si la première est due à une faute humaine, la seconde est la résultante d’une catastrophe naturelle, un tremblement de terre suivi d’un tsunami.
Quoi qu’il en soit, le résultat reste le même, une contamination corollaire, pour des millénaires d’une surface plus ou moins importante des terres environnantes et un bilan humain effroyable !

La catastrophe de Tchernobyl fut la plus stupéfiante car il s’agissait vraiment de la première confrontation à la réalité nucléaire.

Ces deux catastrophes apportent aussi leur lot d’informations complémentaires concernant l’agriculture et l’alimentation et c’est pour cette raison qu’il m’a semblé intéressant de l’aborder sous ces deux angles.

1986

26 Avril 1986 à 1h23, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl explose au cours d’un test de sûreté de l’îlotage, c’est à dire « un test de l’alimentation électrique de secours qui permet à un réacteur de fonctionner en toute sécurité pendant une panne de courant« .

Suite à la violation de procédures de sécurité mais également compte tenu des défauts de conception de ce réacteur de type RBMK (modérateur au graphite, instabilité à faible niveau de puissance, lenteur d’arrêt d’urgence, absence d’enceinte de confinement), la manœuvre fatale de l’opérateur qui insert des barres de commande trop loin provoque un empoisonnement au gaz xénon.
En retirant trop vite ces barres pour corriger l’erreur (elles servent schématiquement à contrôler le niveau de puissance d’un réacteur en absorbant plus ou moins les neutrons produits par la réaction de fission nucléaire), cela a déclenché un enchaînement de réactions entraînant la formation d’un mélange détonant d’hydrogène et d’oxygène.

Celui-ci a déclenché une série de petites explosions qui ont éjecté les barres de contrôle, faisant voler en éclats la dalle de béton recouvrant le cœur du réacteur, puis un incendie s’en est suivi.

Cette suite d’événements à pris moins d’une heure et demie, mais l’absence d’une explosion franche et massive conduira le personnel à sous estimer gravement les conséquences de la catastrophe ainsi que les réactions appropriées à prendre en pareil cas…

Après avoir minimisé l’accident, Moscou décide de faire évacuer 116 000 personnes dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale dans les mois qui suivirent, et ce ne sont pas moins de 250 000 personnes qui le seront dans les années qui suivirent.

Aujourd’hui, ce sont près de 5 millions de Biélorusses et d’Ukrainiens qui vivent sur un territoire plus ou moins irradié…

Le bilan humain est épouvantable, surtout parmi les courageux pompiers qui tenteront de maîtriser le sinistre, protégés par des moyens dérisoires, puis les fameux 600 000 « liquidateurs » dont miraculeusement seuls 5% ; soit tout de même 4 000 personnes (mais d’autres chiffres parlent de 25 à 100 000 morts) ; sont mortes des suites de l’exposition aux irradiations malgré les « 90 secondes » qui leur étaient accordées, sans parler des décès parmi la population dans les jours, mois et années qui ont suivi…

Le bilan provisoire est de 25 000 à 125 000 morts et plus de 200 000 invalides, ces chiffres sont à prendre avec précaution bien entendu du fait de l’absence d’une « comptabilité » précise compte tenu de l’ampleur et des nombreux pays concernés, mais ils sont probablement représentatifs de ce type de catastrophe…

Le plus dramatique avec les catastrophes « radioactives » c’est qu’elles sont « invisibles », vous ne constatez absolument aucun impact visuellement, le césium 137, l’iode 131,et le strontium, trois des principaux radionucléides relâchés lors de ce type de catastrophe ont pourtant TOUT pollué, les terres, les roches, les maisons, les puits les forêts ainsi que la faune.

Tchernobyl_vegetation

C’est la raison pour laquelle, entre autres choses, des irréductibles sont revenus occuper leurs maisons (le chiffre de 300 personnes circule), très souvent des personnes âgées, vivant de façon presque autarcique.

D’ailleurs, dans les années qui ont suivi, les autorités ont commencé à « réhabiliter » certains territoires jadis considérés comme impropres à la culture, car même si on se focalise sur le bilan humain (et cela est tout à fait légitime), d’un point de vue strictement économique, le bilan est tout aussi lourd : 784 000 ha de terrains agricoles, 694 000 ha de forêts ont dû être abandonné, et je ne parle pas du contexte géopolitique qui a mené à la désintégration de l’ex URSS dans les années qui suivirent, et qui a fait basculer des ex-républiques en pays autonomes, coupés de toutes les subventions de jadis…

D’un point de vue humain, bien évidemment, les cancers de la thyroïde ont été très nombreux, les controversés comprimés d’iode (il empêche la fixation de l’iode radioactif dans la thyroïde, surtout pour les enfants et les femmes enceintes) n’ayant pas été distribués immédiatement.

Quant aux leucémies et autres types de cancer, les analyses statistiques n’ont pas augmenté plus que la moyenne, néanmoins, tout cela est aussi à prendre avec précaution, les spécialistes de tout bord n’étant pas d’accord sur les conséquences à moyen ou long terme.

Greenpeace considère que sur 70 ans se sont près de 270 000 cancers auxquels il faudra faire face dont 93 000 mortels, l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé), plus prudente, parle elle de 4 000 personnes qui pourraient décéder principalement d’un cancer de la thyroïde dont le « taux de survie » est malgré tout de 99% souligne t’elle…

Comme si cela n’était pas suffisant dans la vie courante, même dans ce cadre les enfants les plus pauvres ont été les plus touchés car ils ingéraient des produits de la forêt hautement contaminés.

La vie devant reprendre son cours, certaines règles de survie ont été préconisées : la cuisson de la viande, les céréales plutôt que les pommes de terre qui tendent à piéger la radioactivité.

Ce qui a été constaté après les retombées radioactives de Tchernobyl c’est que les radioéléments sont massivement transférés dans les productions d’origine animale comme le lait et la viande où les contaminants ont des périodes d’activité relativement longues.

Par ailleurs, le climat, les saisons influencent plus ou moins les concentrations.

La majorité de la pollution se dépose sur les feuilles, ensuite la partie qui filtre dans le sol est plus ou moins stable, elle dépend bien entendu du type de sol (composition minérale et teneur en matières organiques), du pH, de l’humidité.

Les radioéléments se concentrent dans les 5 premiers centimètres en règle générale.

On constate que l’ajout d’engrais, le potassium et la chaux notamment, peut « freiner » l’absorption du césium et du strontium par les plantes grâce au même mécanisme de « saturation » de l’iode pour la thyroïde.

Les types d’agriculture jouent dès lors un rôle majeur : si les terres sont constamment remuées, les radioéléments sont mis en mouvement, ils sont moins concentrés, mais se propagent plus, tandis qu’avec une culture sans labour ou moins profonde, on réduit ce phénomène.
C’est la raison pour laquelle l’enlèvement de la couche supérieure du sol est souvent la première étape à la restauration des terres à l’agriculture, cependant le coût est extrêmement élevé et la procédure très longue…

L’autre point souligné est qu’en cas de contamination radioactive il est nécessaire de stopper tous les travaux des champs, la consommation des légumes frais, le pâturage et le picorage des volailles ainsi que l’usage de fourrage contaminé, or ces mesures n’ont pas été appliquées lors de la catastrophe de Tchernobyl augmentant ainsi le nombre de victimes…

Quant à l’eau, dans les points clos, les mares, les lacs, les particules vont petit à petit se fixer au fond, mais le moindre mouvement fait remonter celles-ci, et toute la faune qui y vit, les écrevisses par exemple, en accumule une plus grade partie que la faune en surface, il en est de même pour les « prédateurs » tels que les brochets qui absorbent une quantité cumulée par les proies situées en bas de la pyramide.

Aujourd’hui le constat fait par les scientifiques conclut qu’il est impossible de savoir si l’on pourra un jour revenir dans la zone des 30 à 40 km, tant les radioéléments présents sont importants.

Au delà, la culture peut reprendre sa place, avec les précautions d’usage évoquées plus haut et c’est ce qui s’est d’ailleurs passé en Ukraine et en Biélorussie.

Il n’existe pas de documents établissant les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl au niveau d’une ferme bio Ukrainienne ou Biélorusse, si tant est qu’il y en ait eu, ou qu’il en ait aujourd’hui, mais nous avons pu voir quelles était l’impact sur la Nature, les conséquences seront abordées sur ce plan dans le point suivant.

2011 :

Le vendredi 11 mars 2011 à 5H46M a lieu le plus important séisme jamais mesuré au Japon, son épicentre est situé à 130 km de Sendai, 51mn plus tard un tsunami généré par le tremblement de terre produit une vague atteignant près de 30 m par endroits qui va pénétrer ponctuellement jusqu’à 10 km dans les terres et balayer près de 600 km des côtes japonaises.
Sur leur trajet, 4 centrales nucléaires  sont en production, des centrales équipées de Réacteurs à Eau Bouillonnante (R.E.B).

Explosion_Fukushima

Hélas, les deux effets, celui du séisme et celui du tsunami se sont cumulés et expliquent à eux deux le scenario catastrophique qui s’en est suivi.

Le tremblement de terre  a entrainé une perte d’alimentation électrique externe, le tsunami a quant à lui entrainé une perte de source froide et des alimentations internes de secours.
Là encore, c’est le défaut de refroidissement qui est la cause de l’emballement de la réaction.
Les fameuses barres évoquées plus haut dans la catastrophe de Tchernobyl n’ont pu être descendue à temps pour ralentir les réacteurs du fait de la panne de courant, ce qui a entrainé une montée en température  des gaines contenant le combustible (oxyde d’uranium) en plusieurs étapes.

Le scénario n’est pas connu exactement car d’une part il est impossible aujourd’hui d’approcher le cœur des réacteurs, et d’autre part parce que presque rien n’a été filmé, il ne s’agit donc que des hypothèses les plus vraisemblables basées sur les indices récoltés et la théorie.

Les explosions des bâtiments des réacteurs N°1, 3 puis 2 n’ont eu lieu que quelques jours plus tard du 12 au 15 Mai.
C’est à partir de ce moment que les rejets massifs dans l’air et dans la mer se sont produit.

Contrairement à Tchernobyl la société TEPCO, exploitante du site, décide rapidement d’évacuer les 750 employés, ne restent que les « cinquante de Fukushima » comme ils seront surnommés plus tard, qui seront malgré tout rejoints plus tard par d’autres techniciens, pompiers et personnels requis en pareilles circonstances.
Les autorités ne perdent pas non plus de temps, le 11 Mars, à 19H03 ordre est donné d’évacuer les personnes dans un rayon de 2 km autour du réacteur N°1, il sera étendu à 3 km le lendemain puis à 10 et 20 km à 18H25.

Carte_evacuation_Fukushima

Tout comme pour Tchernobyl sont larguées dans l’air des quantités importantes des radionucléides habituels : césium 137, strontium et iode 131.

Par chance, ce ne sont « que » 10% des quantités observées à Tchernobyl qui sont relâchés à Fukushima !

Le bilan humain est cette fois-ci plus délicat à estimer car il se cumule avec celui des 2 catastrophes naturelles, le tremblement de terre et le tsunami, par ailleurs, les autorités japonaises ont évité de communiquer.
Ce que l’on sait c’est que plus de 300 000 personnes ont été évacuées, 80 000 ont encore aujourd’hui le statut de réfugié, et que 1 600 morts ont été dénombrés essentiellement du fait des  évènements « naturels ».

La pollution a quant elle couvert une zone de 30 km et au delà du fait des vents et des eaux.
Le Japon s’est lancé dans une vaste décontamination des sols, mais cela demandera  des dizaines d’années, toute la zone ne sera de toute manière pas réhabilitée.

Du fait de la « demi-vie » des radionucléides, c’est le césium 137 qui restera le plus préoccupant pendant environ 30 ans.

Le bilan économique est là aussi colossal, la société TEPCO a d’ailleurs été en partie nationalisée pour faire face aux indemnités qui seront versées.

50 milliards d’euros pour construire de nouveaux logements.

Le manque à gagner pour l’arrêt des centrales, les indemnisations sont estimées à un chiffre vertigineux de 1 500 milliards d’euros à la charge de TEPCO !!

Et du point de vue alimentaire ?

Les dernières analyses effectuées par l’université technologique de Vienne sur pas moins de 900 000 échantillons fournis par l’administration japonaise de 2011 à 2014, fait ressortir que 3,3% des produits agricoles en provenance de Fukushima et ses environs présentaient des taux de radiation supérieurs aux normes japonaises et ont donc été retirés du marché.
En 2014, 0,6% de la nourriture affichait encore des valeurs excessives, il est donc peu probable aujourd’hui d’ingérer des doses dangereuses.

Justement, revenons au fameux rapport ACRO, que nous apprend t’il à ce sujet ?

Le résultat des 364 analyses montre bien évidemment que la pollution radioactive est encore bien notable après plus de 35 ans.

Cependant, ce qui est à souligner, c’est que les pics de pollution sont notables du côté des massifs montagneux, donc plutôt sur l’est de la France, notamment dans les forêts du Haut-Rhin et les massifs montagneux du sud-est.

Carte_contamination_cesium_137

Les échantillons trop peu nombreux ne permettent pas d’extrapoler pour les pays frontaliers.

Le principal élément contaminant est comme nous l’avons évoqué plus haut, le césium 137, qui tend à se fixer dans certaines espèces comme les champignons qui accumulent très facilement ce dernier, certaines essences d’arbres comme le châtaignier, les baies, les animaux en forêt comme le sanglier ainsi que les poissons et crustacés qui vivent dans des milieux proches des sédiments.

Aujourd’hui les mesures confirment que les niveaux sont en dessous des normes européennes, mais il est clair qu’à quelques dizaines de kilomètres des lieux d’accidents les résultats sont tout autres !

Ces résultats viennent conforter les mesures et constats au Japon où l’on note que toutes les plantes ne retiennent pas de façon égale les radionucléides.

L’article écrit par Etona Orito cité dans l’article consacré aux teikei nous permet de découvrir les conséquences de la pollution radioactive sur leurs terres.
On peut dès lors extrapoler ce que seraient les conséquences pour une AMAP française…

Qu’apprenons nous ?

Et bien que la pollution n’épargne bien évidemment personne physiquement parlant, cependant cependant, sur un plan économique, les conséquences sont inégales vis à vis des producteurs !

Rappelons nous que les teikei, tout comme les AMAP sont basés sur une relation de confiance qui s’établit au fil du temps entre le producteur et le consommacteur.
Cette relation est éminemment différente selon les générations.

Controle_riz_Fukushima

Les plus jeunes, plus méfiants ont tendance à quitter les teikei, ce que l’auteur explique par le fait que les femmes enceintes, les nourrissons et les enfants sont plus sensibles aux effets de la radioactivité et doivent éviter le plus possible son contact, alors que les plus de 50 ans, « tolèrent » plus un certain niveau de contamination et préfèrent par solidarité continuer de soutenir les producteurs.

Les réactions étaient similaires à Tchernobyl, les personnes âgées partant du principe que la majeure partie de leur vie étant accomplie, une contamination légèrement supérieure ne remettrait pas en cause leur mode de vie et leur descendance.

Il faut cependant noter que l’aspect économique n’est pas négligeable dans la décision prise de revenir : ces personnes âgées vivant plus ou moins en autarcie avec leur jardin potager du fait de la modicité de leurs retraites quand elles en ont une…

Mais c’est aussi et surtout l’attachement sentimental à leur propriété où ils ont passé la majeure partie de leur vie qui explique cette décision !.
C’est une expérience traumatisante pour la plupart d’entre elles qui n’ont pas envie de quitter leur maison pour les appartements proposés par les autorités à la suite de la catastrophe, en milieu urbain, où elles ne connaissent personne et où le mode de vie est très différent…

On a donc d’un côté une population plus ou moins mature qui ne rejette pas systématiquement la faute sur les producteurs et fait le choix au contraire de les soutenir, de l’autre une population plus jeune qui préfère jouer la sécurité.

Pour les producteurs c’est la double peine : ils sont à la fois les victimes de cette pollution et de la remise en cause de leur production.
Comme le dit un agriculteur interviewé : « les consommateurs peuvent toujours changer de fournisseurs et facilement surmonter ce problème« …

Certains ont fait le choix de continuer leur exploitation, ils n’avaient pour beaucoup pas d’alternative, leur survie en dépendait économiquement parlant !
Il n’y avait aucune mauvaise intention, simplement un choix rationnel, mais cela a entrainé une réaction immédiate des avocats de l’antinucléaire ; pour la plupart  n’ayant aucun rapport ni aucune connaissance particulière en matière agricole et scientifique ; qui ont qualifié ces producteurs de « fermiers criminels » !

Il est clair que la question peut se poser éthiquement parlant !

A t’on le droit de produire sur une terre contaminée et vendre ses produits en toute connaissance de cause, d’autant plus dans le cadre d’une exploitation dite biologique ?

Pourtant la plupart n’ont pas repris l’exploitation et la vente de leur production avant d’avoir effectué une année de culture en plantant des légumes et du riz.
Ils ont pu constater que par rapport à la culture traditionnelle, leurs produits étaient bien moins contaminés, l’une des raisons principales invoquées etant que la matière organique tend à piéger le fameux cesium 137 et empêche sa propagation comme expliqué plus haut dans le cas de Tchernobyl.
Ils ont par ailleurs fait le constat que certaines plantes piégeaient moins le cesium que d’autres, ce que prouvent également les résultats de l’ACRO !

Dès lors les agriculteurs ont repris confiance et ont décidé de produire de nouveau et vendre leurs productions.

L’autre partie des agriculteurs a fait un choix plus radical tout en préservant leur modèle relationnel avec les consommateurs, ils sont passés à l’agriculture… hors-sol en construisant de vraies usines à légumes !

Cela permet ainsi de contourner la problématique de contamination des sols qui est le point essentiel dans ce type de catastrophe.

Par ailleurs, avec cette solution, inutile de devoir attendre la restitution des terres agricoles rendues impropres à la culture du fait du césium mais également du sel pour ceux qui avaient été touchés par l’avancée de l’eau de mer dans les terres suite au tsunami !

Deux approches sont disponibles pour les cultures hors-sol (aussi appelée hydroponique) : celles avec un éclairage naturel, ou celles avec un éclairage mixte lumière naturelle / lumière à LEDs.
Les plantes sont totalement coupées du sol puisqu’elles puisent leurs nutriments hors du sol dans un substrat de laine de roche ou de fibres de coco ou bien encore dans un film nutritif où les plantes finissent par s’y fondre pour former leur propre substrat un peu comme avec le polycarbonate de potassium décrit dans l’article consacré à l’eau solide.

Dans les années qui suivirent, le nombre de ces exploitations est passé de  50 à 127 sur l’ensemble du  pays et certaines exploitations dépassent même les 10 hectares !.

Si cette solution a le mérite de résoudre le problème de la contamination, elle n’en remet pas moins en cause la notion d’agriculture biologique !

Peut-on parler de bio dès lors que la culture s’effectue coupée de la terre ?

Comme évoqué dans l’article sur les teikei, leur nombre avait déjà commencé à décliner, cette catastrophe n’a rien fait pour enrayer la tendance, bien au contraire !

La culture hors sol n’est pas l’apanage du Japon, la raréfaction des terres arables, les problématiques d’irrigation, les autres types de pollution amènent de plus en plus de pays à basculer vers cette solution : en Andalousie par exemple, sa part  représente 75% de la production de tomates vendues en France !

Alors pour en revenir au caractère bio, certes une partie de ces exploitations a recourt à des fertilisants à base d’engrais organiques et l’on économise jusqu’à 70 à 90% d’eau, mais il n’en reste pas moins que cela s’effectue hors sol !

On oublie également les qualités organoleptiques de ces légumes et fruits qui ont plus goût d’eau que les productions classiques…
Le problème vient essentiellement de la différence qui existe malgré tout entre l’éclairage naturel et artificiel et le moment où il est produit, souvent hors saison, sans parler des nutriments qui sont prélevés dans le sol par les plantes selon leur besoin et leur disponibilité et non en permanence.

On oublie également  « l’empreinte carbone » laissée : de ce côté si, ce n’est pas très bio non plus.
Le gain de productivité (le double des cultures classiques) est effacé car le chauffage des serres représente plus de 20% des charges de ces exploitations !

Enfin, d’un point de vue réglementaire, si l’on se base sur les textes de la Communauté Européenne l’agriculture biologique est reconnue comme telle à l’une des conditions suivantes : « les plantes doivent être essentiellement nourries par l’écosystème du sol » !

Pour en revenir aux teikei qui ont fait le choix de produire sur leurs terres, la seule « vraie » voie à même de respecter les critères bio, on peut simplement dire que si les doses restent inférieures à celles édictées par les règles sanitaires, il n’y a pas de remise en cause de son caractère.
N’oublions pas que certaines de nos régions en France sont naturellement radioactives, très faiblement bien sûr, notamment le massif armoricain mais aussi dans le Massif Central, plus globalement là ou les massifs granitiques sont présents, mais cela ne nous empêche pas de consommer les produits agricoles qui en sont issus !

Je vous invite à lire le Rapport 2016 du Plan d’Urgence Nucléaire en France notamment à partir de la page 43 qui décrit les contraintes liées à l’alimentation dans un cadre de contamination radioactive…

Recapitulatif_NMA_CEE

Voilà, nous venons d’esquisser une approche au travers de ces deux catastrophes nucléaires, mais bien que cela se soit passé dans des pays fort différents des nôtres, cela a le mérite de nous faire réfléchir à la question d’un point de vue théorique…

A très bientôt,

Le webmaster.

Sources :

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